Périmètre de l’enquête. L’enquête porte sur les 50 178 signalements de la base européenne de pharmacovigilance citant un vaccin contre le papillomavirus humain (HPV) : Gardasil (22 651), Gardasil 9 (16 984), Cervarix (10 226) et vaccins HPV non précisés (1 373). Le cœur de l’analyse porte sur le Gardasil, sous ses deux formes (38 701 signalements). Tous les effets cités dans au moins trois signalements sont testés avec quatre méthodes statistiques : ROR, PRR, BCPNN et GPS.
RÉSUMÉ
Le Gardasil est administré depuis 2006 à des millions d’adolescentes. Les effets indésirables suspectés sont enregistrés dans EudraVigilance, la base de l’Agence européenne des médicaments. En 2015, à la demande du Danemark, l’agence a examiné deux syndromes déclarés après la vaccination, le syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS) et le syndrome douloureux régional complexe (SDRC). Elle a conclu que les données n’établissaient pas de lien causal, et que le nombre de cas correspondait à ce qu’on attend dans cette tranche d’âge.
Nous avons appliqué aux 38 701 signalements Gardasil les quatre méthodes de détection des autorités sanitaires. Face à toute la base, 929 effets sont détectés par les quatre méthodes. Nous les avons ensuite soumis à un test plus exigeant : la comparaison avec les 505 505 signalements des autres vaccins hors Covid, chez des filles et des femmes du même âge. 353 signaux y résistent.
Le POTS en fait partie. Chez les filles de 12 à 17 ans, il est déclaré près de cinq fois plus souvent avec le Gardasil qu’avec les autres vaccins ; chez les femmes de 18 à 64 ans, près de cinquante fois plus. La ménopause précoce et l’insuffisance ovarienne, les troubles auto-immuns, le déséquilibre du système nerveux autonome et l’intolérance orthostatique tiennent également. Le SDRC, en revanche, ne résiste pas à cette comparaison : nous le disons aussi.
1Le vaccin des adolescentes
Le Gardasil est autorisé en Europe depuis septembre 2006. Il cible quatre types de papillomavirus ; le Gardasil 9, autorisé en 2015, en cible neuf, et le Cervarix, autorisé en 2007, deux. Ces vaccins sont administrés en priorité aux filles de 11 à 14 ans, avec un rattrapage jusqu’au début de l’âge adulte, et désormais aussi aux garçons.
Peu de vaccins ont suscité autant d’alertes. Au Japon, le ministère de la Santé a suspendu en juin 2013 sa recommandation active après une série de déclarations de douleurs chroniques et de troubles moteurs chez des adolescentes ; elle n’a repris qu’en avril 2022. Au Danemark, des cliniciens ont décrit des jeunes filles atteintes de POTS après la vaccination. C’est à la demande du Danemark que la Commission européenne a saisi l’EMA en juillet 2015.
La réponse de l’agence, rendue le 5 novembre 2015, est restée la position officielle : les données ne soutiennent pas un lien causal entre les vaccins HPV et le SDRC ou le POTS, et les cas déclarés correspondent à ce qu’on attend dans cette tranche d’âge. Aucune mise à jour des notices n’a été demandée.
L’EMA a comparé les cas déclarés à une estimation de la fréquence de fond. Elle n’a pas publié de comparaison avec les autres vaccins.
C’est précisément ce que permet la base complète. Si le POTS n’est qu’une maladie fréquente chez les adolescentes, il doit être déclaré à peu près autant après n’importe quel vaccin donné à des adolescentes. S’il est déclaré beaucoup plus souvent après le Gardasil, l’âge et le sexe ne suffisent plus à l’expliquer.
2Données et méthodes
Les données
L’analyse porte sur la base EudraVigilance complète, soit 13 483 992 signalements. Les vaccins HPV y sont identifiés par leur substance active : Gardasil (types 6, 11, 16, 18), Gardasil 9 (types 6, 11, 16, 18, 31, 33, 45, 52, 58) et Cervarix (types 16, 18). Les effets sont codés selon le dictionnaire médical MedDRA, au niveau du terme préféré. Pour chaque effet, nous avons relevé les critères de gravité réglementaires : décès, pronostic vital engagé, hospitalisation, invalidité, séquelles, anomalie congénitale, autre situation médicalement importante.
Deux comparaisons, de plus en plus exigeantes
Première comparaison : face à toute la base. Pour chaque effet, on se demande si sa part parmi les signalements du Gardasil est plus élevée que sa part parmi tous les autres signalements de la base. C’est la référence utilisée dans les enquêtes 01 et 02, et celle des autorités sanitaires.
Seconde comparaison : face aux autres vaccins, à âge et sexe égaux. Les mêmes calculs sont refaits en ne gardant que les 505 505 signalements de vaccins (Covid exclus, soit 56 autres substances vaccinales), dans la même tranche d’âge, puis chez les seules filles et femmes de cette tranche. Le Gardasil est alors comparé à des vaccins administrés aux mêmes personnes, par le même geste. Un signal qui tient ce test ne s’explique ni par l’âge, ni par le sexe, ni par la piqûre.
Quatre méthodes, quatre autorités
Rapport des cotes de déclaration. Signal si la borne basse de l’intervalle de confiance à 95 % dépasse 1.
Rapport des proportions de déclaration (Evans et al., 2001). Signal si PRR ≥ 2, χ² ≥ 4 et au moins 3 cas.
Méthode bayésienne de l’Uppsala Monitoring Centre, appliquée à VigiBase. Signal si la borne basse IC₀₂₅ est positive.
Gamma-Poisson Shrinker (DuMouchel, 1999 ; Szarfman et al., 2002). Signal si la borne basse EB05 atteint 2.
Face à toute la base, nous retenons comme signal robuste un effet détecté par les quatre méthodes à la fois, comme dans les enquêtes précédentes.
Un point de méthode décisif. Chez les filles de 12 à 17 ans, le Gardasil représente 48 % des signalements vaccinaux. Les deux méthodes bayésiennes (BCPNN, GPS) comparent le nombre de cas observés à un nombre « attendu » calculé sur tout le groupe, Gardasil compris. Quand le vaccin étudié forme la moitié du groupe, leur rapport ne peut pas dépasser 2 environ : le seuil du GPS devient inatteignable, quel que soit l’effet. Le ROR de l’EMA et le PRR de la MHRA comparent le vaccin aux autres vaccins et n’ont pas ce plafond. Dans la seconde comparaison, un signal est donc confirmé quand il franchit à la fois le seuil de l’EMA et celui de la MHRA.
Comment lire les tableaux. Pour chaque effet : le nombre de signalements Gardasil qui le citent et ceux avec décès ; le ROR face à toute la base et le nombre de méthodes positives ; puis le ROR face aux autres vaccins chez les filles de 12 à 17 ans et chez les femmes de 18 à 64 ans, avec la mention « confirmé » quand les seuils de l’EMA et de la MHRA sont franchis. Un même signalement peut citer plusieurs effets : les nombres ne s’additionnent pas.
3Ce que contient la base
La base contient 38 701 signalements citant le Gardasil ou le Gardasil 9. 25 066, soit 65 %, sont graves, et 574 portent un critère de décès. 82 % concernent des filles ou des femmes, 44 % des adolescents de 12 à 17 ans. Ils proviennent de 102 pays : les États-Unis (8 142), l’Allemagne (5 258), la France (3 185) et l’Italie (2 457) en tête.
Les déclarations ne faiblissent pas avec le temps. Un tiers (12 404) date des dix premières années, de 2006 à 2015. Les années suivantes en comptent davantage : 3 407 en 2019, 3 936 en 2023. Le Gardasil 9, qui a remplacé le Gardasil en Europe, porte l’essentiel des déclarations récentes.
| Vaccin | Signalements | Graves | Avec décès | Signaux 4/4 toute la base | Confirmés face aux autres vaccins |
|---|---|---|---|---|---|
| Gardasil | 22 651 | 17 607 | 532 | 739 | 389 |
| Gardasil 9 | 16 984 | 8 090 | 118 | 563 | 248 |
| Cervarix | 10 226 | 5 320 | 39 | 289 | 124 |
| Gardasil 4 + 9 (ensemble) | 38 701 | 25 066 | 574 | 929 | 353 |
934 signalements citent à la fois le Gardasil et le Gardasil 9 : ils ne sont comptés qu’une fois dans la ligne « ensemble ».
4La méthode retrouve ce que la notice reconnaît
Avant de lire les signaux nouveaux, il faut vérifier que la méthode retrouve les effets déjà admis. La notice du Gardasil mentionne, au titre de la surveillance après commercialisation, la syncope parfois accompagnée de mouvements tonico-cloniques, les sensations vertigineuses, le syndrome de Guillain-Barré, l’encéphalomyélite aiguë disséminée et le purpura thrombopénique. Tous ressortent ici avec les quatre méthodes.
La syncope est l’effet le plus massif : 5 613 signalements, un ROR de 20,8 [20,2–21,5] face à toute la base. Face aux autres vaccins, elle est confirmée chez les femmes adultes (ROR 4,42 [4,02–4,85]) ; chez les adolescentes, son ROR reste significatif pour l’EMA, sous le seuil de la MHRA. Le malaise après le Gardasil ne se réduit pas au malaise banal qui suit une piqûre.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| Syncope | 5 613 | 27 | 20,8 [20,2–21,5]4/4 méthodes | 1,78 [1,66–1,91]non confirmé · n = 2 417 | 4,42 [4,02–4,85]✓ confirmé · n = 760 |
| Sensation vertigineuseDizziness | 4 195 | 17 | 3,63 [3,51–3,75]4/4 méthodes | 1,30 [1,21–1,39]non confirmé · n = 2 077 | 2,06 [1,91–2,23]non confirmé · n = 933 |
| CéphaléeHeadache | 6 144 | 41 | 2,68 [2,61–2,75]4/4 méthodes | 0,96 [0,90–1,01]non confirmé · n = 2 877 | 0,80 [0,75–0,86]non confirmé · n = 1 093 |
| Douleur au site de vaccinationVaccination site pain | 1 621 | 0 | 4,24 [4,04–4,46]4/4 méthodes | 1,08 [0,95–1,24]non confirmé · n = 450 | 1,10 [1,01–1,20]non confirmé · n = 588 |
| Syndrome de Guillain-BarréGuillain-Barre syndrome | 388 | 5 | 11,7 [10,6–13,0]4/4 méthodes | 1,88 [1,41–2,50]non confirmé · n = 132 | 1,16 [0,93–1,44]non confirmé · n = 95 |
| Thrombopénie immunologiqueImmune thrombocytopenia | 159 | 3 | 5,39 [4,61–6,31]4/4 méthodes | 1,95 [1,29–2,94]non confirmé · n = 64 | 3,53 [2,48–5,02]✓ confirmé · n = 48 |
| Encéphalomyélite aiguë disséminéeAcute disseminated encephalomyelitis | 100 | 2 | 30,4 [24,7–37,3]4/4 méthodes | 2,66 [1,54–4,60]✓ confirmé · n = 45 | 1,68 [1,10–2,56]non confirmé · n = 27 |
La méthode fonctionne. Elle retrouve ce que le fabricant a fini par inscrire dans la notice.
5Le test décisif : face aux autres vaccins
Face à toute la base, 929 effets sont détectés par les quatre méthodes, dont 169 associés à au moins un signalement avec décès. Ce chiffre ne suffit pas : la base mélange des nourrissons, des adultes et des personnes âgées, des vaccins et des chimiothérapies. Une partie des signaux du Gardasil peut tenir au seul fait qu’il est donné à des adolescentes.
Nous avons donc refait chaque calcul face aux autres vaccins, chez les filles de 12 à 17 ans et chez les femmes de 18 à 64 ans. 353 des 929 signaux sont confirmés : 139 chez les adolescentes, 321 chez les femmes adultes, 107 dans les deux groupes. 99 d’entre eux sont associés à au moins un signalement avec décès.
Ce tri a aussi un mérite : il écarte ce qui relève de l’artefact. Certains signaux du Gardasil ne sont pas des effets du vaccin mais des traces de son usage : tests HPV positifs, dysplasies du col, verrues génitales, qui signalent l’infection que le vaccin devait prévenir ; expositions pendant la grossesse et erreurs de calendrier, qui décrivent des circonstances d’administration. Nous les signalons comme tels et ne les commentons pas comme des effets indésirables.
6POTS et dysautonomie : le signal que l’EMA a écarté
Le syndrome de tachycardie orthostatique posturale se manifeste par une accélération anormale du cœur en position debout, avec vertiges, malaises, épuisement et troubles de la concentration. Dans la base, 537 signalements Gardasil citent un POTS. 257 portent un critère d’invalidité. Face à toute la base, le ROR atteint 113,5 [102,9–125,1] : c’est l’un des signaux les plus forts de l’enquête.
L’EMA a soutenu en 2015 que ces cas correspondaient à ce qu’on attend chez les jeunes filles. La comparaison aux autres vaccins répond directement à cet argument. Chez les filles de 12 à 17 ans, le POTS est déclaré 4,84 fois plus souvent avec le Gardasil qu’avec les autres vaccins (ROR 4,84 [3,69–6,34]). Chez les femmes de 18 à 64 ans, 49 fois plus (ROR 49,1 [30,4–79,3]). Ces filles et ces femmes ont le même âge, le même sexe et ont reçu une injection : seul le vaccin change.
Le POTS n’est pas isolé. L’intolérance orthostatique, le déséquilibre du système nerveux autonome, la fibromyalgie et le syndrome de fatigue chronique forment avec lui un même ensemble de troubles, que les cliniciens danois avaient décrit. Tous sont détectés par les quatre méthodes face à toute la base, et tous sont confirmés face aux autres vaccins chez les femmes adultes.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| Syndrome de tachycardie orthostatique posturale (POTS)Postural orthostatic tachycardia syndrome | 537 | 0 | 113,5 [102,9–125,1]4/4 méthodes | 4,84 [3,69–6,34]✓ confirmé · n = 291 | 49,1 [30,4–79,3]✓ confirmé · n = 141 |
| Intolérance orthostatiqueOrthostatic intolerance | 236 | 0 | 112,1 [96,8–129,8]4/4 méthodes | 1,56 [1,20–2,02]non confirmé · n = 142 | 19,1 [11,9–30,7]✓ confirmé · n = 67 |
| Déséquilibre du système nerveux autonomeAutonomic nervous system imbalance | 268 | 1 | 38,1 [33,6–43,2]4/4 méthodes | 2,10 [1,55–2,85]✓ confirmé · n = 124 | 13,3 [9,23–19,2]✓ confirmé · n = 87 |
| Hypotension orthostatiqueOrthostatic hypotension | 89 | 0 | 2,72 [2,20–3,35]4/4 méthodes | 2,30 [1,43–3,70]✓ confirmé · n = 54 | 5,68 [3,12–10,3]✓ confirmé · n = 20 |
| Syndrome de fatigue chroniqueChronic fatigue syndrome | 278 | 0 | 19,0 [16,8–21,4]4/4 méthodes | 1,49 [1,17–1,89]non confirmé · n = 163 | 2,52 [1,83–3,47]✓ confirmé · n = 52 |
| FibromyalgieFibromyalgia | 200 | 0 | 6,91 [6,00–7,95]4/4 méthodes | 1,93 [1,39–2,70]non confirmé · n = 98 | 2,35 [1,75–3,15]✓ confirmé · n = 61 |
| Neuropathie des petites fibresSmall fibre neuropathy | 35 | 0 | 11,3 [8,05–15,8]4/4 méthodes | 7,98 [1,82–34,9]✓ confirmé · n = 15 | 4,02 [1,66–9,69]✓ confirmé · n = 8 |
À âge, sexe et injection égaux, le POTS reste déclaré cinq à cinquante fois plus souvent après le Gardasil.
7Le SDRC : un signal qui ne résiste pas
Le syndrome douloureux régional complexe, l’autre syndrome examiné par l’EMA en 2015, apparaît dans 94 signalements Gardasil. Face à toute la base, il est détecté par les quatre méthodes (ROR 27,6 [22,4–34,1]).
Face aux autres vaccins, il ne tient pas : ROR 1,35 [0,93–1,97] chez les filles de 12 à 17 ans, 1,11 [0,50–2,48] chez les femmes de 18 à 64 ans. Les intervalles incluent 1. Sur cette question précise, nos données ne contredisent pas la conclusion de l’EMA. Nous le publions avec la même clarté que le reste : c’est ce qui donne leur poids aux signaux qui, eux, résistent.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| Syndrome douloureux régional complexeComplex regional pain syndrome | 94 | 0 | 27,6 [22,4–34,1]4/4 méthodes | 1,35 [0,93–1,97]non confirmé · n = 61 | 1,11 [0,50–2,48]non confirmé · n = 7 |
8Les ovaires
Un vaccin destiné à des jeunes filles devrait faire l’objet d’une surveillance particulière de leur fonction reproductive. Les données font ressortir une série de signaux convergents. La ménopause précoce (59 signalements) et l’insuffisance ovarienne (40) sont détectées par les quatre méthodes face à toute la base, avec des ROR de 29,0 [22,2–37,8] et 40,2 [29,0–55,8].
Face aux autres vaccins, les deux signaux sont confirmés dans les deux tranches d’âge. Chez les femmes de 18 à 64 ans, la ménopause précoce est déclarée 44 fois plus souvent avec le Gardasil (ROR 43,6 [12,9–146,6]), l’insuffisance ovarienne 28 fois plus (ROR 28,3 [8,06–99,3]). Les effectifs sont modestes et les intervalles larges, mais leurs bornes basses restent très au-dessus de 1. L’aménorrhée et les règles irrégulières, plus fréquentes, vont dans le même sens.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| Ménopause précocePremature menopause | 59 | 2 | 29,0 [22,2–37,8]4/4 méthodes | 3,55 [1,42–8,83]✓ confirmé · n = 20 | 43,6 [12,9–146,6]✓ confirmé · n = 20 |
| Insuffisance ovarienneOvarian failure | 40 | 0 | 40,2 [29,0–55,8]4/4 méthodes | 4,52 [1,52–13,4]✓ confirmé · n = 17 | 28,3 [8,06–99,3]✓ confirmé · n = 13 |
| AménorrhéeAmenorrhoea | 224 | 2 | 2,44 [2,14–2,79]4/4 méthodes | 2,03 [1,50–2,76]✓ confirmé · n = 122 | 9,84 [6,65–14,5]✓ confirmé · n = 63 |
| Règles irrégulièresMenstruation irregular | 246 | 2 | 2,72 [2,40–3,09]4/4 méthodes | 1,32 [1,04–1,68]non confirmé · n = 149 | 9,14 [6,37–13,1]✓ confirmé · n = 71 |
9Auto-immunité et système nerveux
Un vaccin agit sur le système immunitaire. Le signal le plus net dans ce domaine est le plus général : les troubles auto-immuns (310 signalements, dont 8 avec décès) sont détectés par les quatre méthodes (ROR 17,8 [15,9–20,0]) et confirmés face aux autres vaccins chez les filles (ROR 9,22 [5,19–16,4]) comme chez les femmes (ROR 5,76 [4,26–7,80]).
Chez les femmes adultes, le lupus (204 signalements, 15 avec décès), la thrombopénie immunologique et la narcolepsie sont confirmés face aux autres vaccins. Chez les adolescentes, ce sont l’encéphalomyélite aiguë disséminée et les crises convulsives. Le syndrome de Guillain-Barré, inscrit dans la notice, est détecté face à toute la base mais n’atteint pas le seuil de la MHRA face aux autres vaccins : les vaccins grippaux, qui y sont aussi associés, font partie du groupe de comparaison.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| Troubles auto-immunsAutoimmune disorder | 310 | 8 | 17,8 [15,9–20,0]4/4 méthodes | 9,22 [5,19–16,4]✓ confirmé · n = 112 | 5,76 [4,26–7,80]✓ confirmé · n = 79 |
| Lupus érythémateux systémiqueSystemic lupus erythematosus | 204 | 15 | 4,94 [4,30–5,67]4/4 méthodes | 1,70 [1,17–2,47]non confirmé · n = 72 | 4,12 [3,03–5,61]✓ confirmé · n = 66 |
| Thrombopénie immunologiqueImmune thrombocytopenia | 159 | 3 | 5,39 [4,61–6,31]4/4 méthodes | 1,95 [1,29–2,94]non confirmé · n = 64 | 3,53 [2,48–5,02]✓ confirmé · n = 48 |
| Sclérose en plaquesMultiple sclerosis | 296 | 2 | 5,19 [4,62–5,82]4/4 méthodes | 1,50 [1,11–2,04]non confirmé · n = 100 | 1,38 [1,12–1,69]non confirmé · n = 113 |
| Encéphalomyélite aiguë disséminéeAcute disseminated encephalomyelitis | 100 | 2 | 30,4 [24,7–37,3]4/4 méthodes | 2,66 [1,54–4,60]✓ confirmé · n = 45 | 1,68 [1,10–2,56]non confirmé · n = 27 |
| Syndrome de Guillain-BarréGuillain-Barre syndrome | 388 | 5 | 11,7 [10,6–13,0]4/4 méthodes | 1,88 [1,41–2,50]non confirmé · n = 132 | 1,16 [0,93–1,44]non confirmé · n = 95 |
| Myélite transverseMyelitis transverse | 83 | 3 | 14,2 [11,4–17,7]4/4 méthodes | 1,95 [1,10–3,47]non confirmé · n = 33 | 1,02 [0,59–1,76]non confirmé · n = 15 |
| NarcolepsieNarcolepsy | 84 | 2 | 9,10 [7,33–11,3]4/4 méthodes | 1,74 [1,13–2,69]non confirmé · n = 54 | 2,93 [1,52–5,63]✓ confirmé · n = 13 |
| EncéphaliteEncephalitis | 154 | 11 | 8,13 [6,93–9,54]4/4 méthodes | 1,74 [1,21–2,51]non confirmé · n = 77 | 1,76 [1,21–2,58]non confirmé · n = 34 |
| Crise convulsiveSeizure | 2 537 | 31 | 7,10 [6,81–7,39]4/4 méthodes | 2,31 [2,07–2,57]✓ confirmé · n = 1 071 | 5,30 [4,62–6,09]✓ confirmé · n = 368 |
10Les décès
574 signalements Gardasil portent un critère de décès. Près de la moitié (279) viennent des États-Unis. Face à toute la base, le terme « décès » ressort moins souvent avec le Gardasil qu’ailleurs (ROR 0,42 [0,37–0,47]) : c’est attendu, puisque la base compte une majorité de malades âgés ou graves, chez qui la mort est fréquente.
La comparaison pertinente est encore celle des autres vaccins. Chez les femmes de 18 à 64 ans, le décès est déclaré 4,26 fois plus souvent avec le Gardasil (ROR 4,26 [2,64–6,85]), et le signal est confirmé. Chez les filles de 12 à 17 ans, le ROR est de 1,94 [1,22–3,08] : significatif pour l’EMA, sous le seuil de la MHRA.
Un signal appelle une vérification particulière : l’embolie pulmonaire (83 signalements, 11 avec décès), confirmée face aux autres vaccins chez les filles (ROR 11,4 [3,48–37,1]) et chez les femmes (ROR 5,21 [3,42–7,93]). Les contraceptifs hormonaux, souvent pris à ces âges, sont un facteur de risque connu de thrombose : ce signal doit être relu en tenant compte des traitements associés déclarés dans chaque dossier.
| Effet indésirable | Signal. | Décès | Toute la base ROR [IC 95 %] · méthodes | Autres vaccins filles 12–17 ans ROR [IC 95 %] | Autres vaccins femmes 18–64 ans ROR [IC 95 %] |
|---|---|---|---|---|---|
| DécèsDeath | 314 | 314 | 0,42 [0,37–0,47]0/4 méthodes | 1,94 [1,22–3,08]non confirmé · n = 51 | 4,26 [2,64–6,85]✓ confirmé · n = 28 |
| Embolie pulmonairePulmonary embolism | 83 | 11 | 0,32 [0,26–0,40]0/4 méthodes | 11,4 [3,48–37,1]✓ confirmé · n = 32 | 5,21 [3,42–7,93]✓ confirmé · n = 39 |
11Ce que les signaux ne disent pas
Une analyse de disproportionnalité mesure ce qui est déclaré, pas ce qui survient. Elle ne donne ni une fréquence, ni un risque individuel. Les déclarations spontanées dépendent de l’attention portée à un produit : les controverses japonaise et danoise ont pu accroître les déclarations de POTS après le Gardasil. Un même signalement peut citer plusieurs produits et plusieurs effets.
La comparaison aux autres vaccins neutralise une partie de ces biais : l’âge, le sexe, le geste vaccinal, et la tendance générale à déclarer davantage après une vaccination. Elle ne neutralise pas l’effet de notoriété propre au Gardasil. C’est pourquoi un signal est un point de départ, qui appelle des études ciblées, et pourquoi les autorités qui détiennent les données ont la responsabilité de les mener et de les publier.
12Conclusion
En 2015, l’EMA a examiné deux syndromes et conclu à l’absence de lien démontré. Onze ans plus tard, sur ses propres données et avec son propre indicateur, une comparaison qu’elle n’a jamais publiée donne une autre image. Face aux autres vaccins administrés aux mêmes filles et aux mêmes femmes, le POTS et les troubles du système nerveux autonome, la ménopause précoce et l’insuffisance ovarienne, les troubles auto-immuns restent déclarés bien plus souvent après le Gardasil. Le SDRC, lui, ne résiste pas : la méthode ne confirme pas tout ce qu’on lui soumet.
Ces résultats posent une question simple : pourquoi l’agence qui détient la base complète, les méthodes et les moyens ne publie-t-elle pas ces comparaisons pour un vaccin administré chaque année à des millions d’adolescentes ?
L’EMA détient la base complète, les méthodes et les moyens. Elle ne publie aucune comparaison du Gardasil aux autres vaccins.
EU-Vigil les calcule et les publie.
- Agence européenne des médicaments. Review concludes evidence does not support that HPV vaccines cause CRPS or POTS. Communiqué EMA/714950/2015, 5 novembre 2015.
- Evans SJW, Waller PC, Davis S. Use of proportional reporting ratios (PRRs) for signal generation from spontaneous adverse drug reaction reports. Pharmacoepidemiol Drug Saf, 2001.
- Bate A et al. A Bayesian neural network method for adverse drug reaction signal generation. Eur J Clin Pharmacol, 1998.
- DuMouchel W. Bayesian data mining in large frequency tables, with an application to the FDA spontaneous reporting system. Am Stat, 1999.
- Szarfman A, Machado SG, O’Neill RT. Use of screening algorithms and computer systems to efficiently signal higher-than-expected combinations of drugs and events in the US FDA’s spontaneous reports database. Drug Saf, 2002.